
Une généalogie se construit en remontant de source en source. On commence par ce que la famille conserve, on passe ensuite aux actes officiels qui donnent la charpente des générations, puis on élargit aux documents qui donnent de la chair à ces noms : un contrat de mariage, un procès, un registre matricule, une annonce dans un journal.
Une date sépare ces sources en deux moitiés : 1792. Avant, ce sont les curés qui tiennent les registres de baptêmes, mariages et sépultures. Après, ce sont les municipalités qui dressent les actes de naissance, de mariage et de décès. Savoir de quel côté de cette frontière on se trouve, c’est savoir où chercher.
Commencer par ce que la famille détient
Les papiers et photos de famille
Les papiers de famille sont la première source à explorer, et la seule que vous ne trouverez ni aux archives ni en mairie. Le livret de famille, délivré lors du mariage et conservé par les familles depuis les années 1880, réunit trois générations sur un même document : dates et lieux, professions, domiciles, noms des parents. Faire-part, diplômes, livrets militaires et correspondances complètent souvent le tableau. Avant toute visite aux archives, ouvrez les tiroirs et interrogez vos proches.
Les photos de famille
Les photos anciennes se datent et s’identifient : le format du tirage, le costume, l’uniforme, le nom du photographe imprimé au dos sont autant d’indices. Une photo bien lue devient une source à part entière.
Les actes qui donnent la charpente
L’état civil, depuis 1792
Créé par le décret du 20 septembre 1792, l’état civil confie aux municipalités l’enregistrement des naissances, mariages et décès de tous les citoyens, quelle que soit leur religion. C’est la source principale pour les deux derniers siècles, consultable en mairie, aux archives communales et, le plus souvent en ligne, aux archives départementales. Les tables décennales permettent de retrouver un acte sans feuilleter année par année.
Les registres paroissiaux, avant 1792
Les registres paroissiaux consignent les trois grandes étapes de la vie du paroissien : le Baptême, le Mariage, la Sépulture. Ces « BMS » sont la source principale de toute généalogie antérieure à la Révolution. Attention : aucun formulaire n’était imposé, et chaque curé rédigeait à sa manière. D’où une grande diversité de contenu, et la nécessité de savoir déchiffrer les écritures anciennes.
Les sources qui donnent de la chair
Les archives notariales
Contrats de mariage, inventaires après décès, partages, baux : les archives notariales décrivent le patrimoine, le métier, le cadre de vie, et mentionnent très souvent les liens de parenté entre les personnes citées. Elles débloquent bien des impasses. Chaque acte existait en deux exemplaires : l’expédition, remise au client et rarement conservée, et la minute, l’original, qui se trouve aujourd’hui chez le successeur du notaire ou aux archives départementales.
Les archives judiciaires
Nos ancêtres allaient en justice bien plus souvent qu’on ne l’imagine : dettes, dommages et intérêts, successions contestées, nominations de tuteurs, déclarations de grossesse, litiges du quotidien réglés par la justice de paix. Les archives judiciaires donnent des témoignages directs, avec des détails que nul autre document ne livre — une aubaine pour qui veut écrire l’histoire de sa famille.
Les archives militaires
Les archives militaires permettent de reconstituer le parcours d’un soldat. Les registres matricules donnent son signalement, son niveau d’instruction, ses affectations et ses campagnes. Côté famille, le livret militaire et le certificat de bonne conduite fournissent date et lieu de naissance, régiment et dates de service.
La presse
Source riche et trop souvent négligée, la presse existe depuis le XVIIe siècle et se démocratise au XIXe. On y trouve les faire-part, les annonces, les faits divers, les palmarès scolaires, les listes de conscrits. Les journaux sont conservés dans les archives et les bibliothèques ; comme le papier se dégrade vite, d’importantes campagnes de numérisation les rendent aujourd’hui consultables et surtout interrogeables en ligne.
Les recensements et les listes
Les recensements et listes nominatives rendent deux services : retrouver une famille quand l’état civil reste muet, et reconstituer un foyer à un instant donné — qui vit sous le même toit, avec quel métier. Sous l’Ancien Régime, ces dénombrements sont rares et de finalité fiscale (rôles de taille, de capitation), conservés en série C aux archives départementales. À partir du XIXe siècle, les recensements deviennent réguliers et nominatifs.
Les cartes anciennes et le cadastre
La cartographie ancienne situe vos ancêtres dans leur paysage. La carte de Cassini, levée au XVIIIe siècle, montre les hameaux, les chemins, les moulins, les forges, les chapelles et les croix : elle permet de retrouver un lieu-dit disparu des cartes actuelles. Le cadastre napoléonien, lui, descend jusqu’à la parcelle et nomme les propriétaires.
Les archives diocésaines
Les archives diocésaines, conservées à l’évêché, prennent le relais pour les registres de catholicité postérieurs à 1792, ainsi que pour les dossiers du clergé et des institutions religieuses. Leur classement suit ses propres séries, de A à L. Renseignez-vous sur les conditions d’accès et les horaires avant de vous déplacer : consultez les adresses des évêchés.
Des parcours qui demandent des sources particulières
La généalogie des protestants
Avant 1792, les protestants n’apparaissent pas toujours dans les registres catholiques, et leur histoire commande celle de leurs archives : synode de Paris en 1559, édit de Nantes en 1598, sa révocation en 1685. La généalogie des protestants passe par les registres du Désert, les archives consistoriales et les fonds de l’exil.
La généalogie juive
La généalogie juive en France est marquée par les expulsions — totale en 1394, complétée en 1498 pour la Provence — et par les zones de tolérance comme les États du Pape. S’y ajoutent les exils d’Espagne (1492) et du Portugal (1497). Les patronymes, souvent fixés tardivement, appellent une méthode particulière.
Un ancêtre marin
Si vous avez un ancêtre marin, militaire ou pêcheur, les archives sont d’une abondance remarquable : à Brest, quelque 3 000 registres matricules et 4 000 volumes réunissant un million de rôles d’équipages. Le système des classes, instauré par Colbert en 1668 pour recruter les équipages de la marine royale, a laissé des matricules des gens de mer qui suivent un homme toute sa vie. À chercher aux archives départementales ou au Service historique de la Marine.
Les recherches à Paris
Paris mérite une page à part : en mai 1871, pendant la Commune, l’incendie de l’Hôtel de Ville a détruit l’état civil et les registres paroissiaux antérieurs à 1860. Sur huit millions d’actes perdus, 2 696 000 ont été reconstitués. Les recherches généalogiques à Paris reposent donc sur des sources de substitution — c’est possible, mais cela s’apprend.
Des ancêtres nobles
Trouver un noble parmi ses ancêtres est moins improbable qu’on ne le croit : il suffit qu’un roturier ait épousé une demoiselle, et toutes les familles nobles n’étaient pas fortunées. La recherche sur la noblesse a ses fonds propres : preuves de noblesse, armoriaux, chartriers. Méfiez-vous au passage de la particule, qui n’a jamais suffi à prouver quoi que ce soit.
Les naturalisations
Un ancêtre venu de l’étranger ? Son dossier de naturalisation est souvent le document le plus complet qui subsiste : état civil, parcours, motifs de la demande. Le vocabulaire a changé au fil des siècles — lettre de bourgeoisie jusqu’au XVIe, lettre de naturalité du XVIe au XIXe, naturalisation ensuite —, ce qui conditionne la série où chercher.
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